Vagues de chaleur 2026 : meurtrières et coûteuses
Trois vagues de chaleur, des températures dépassant les 25°C pendant la moitié des jours de l’été, et un impact considérable sur la société ainsi que sur les finances publiques. L’été 2026 nous a rappelé qu’il est nécessaire d’agir. SYNOVA remet une nouvelle fois sur la table la nécessité d’une véritable protection et d’une planification structurelle.
Quel a été l’impact des vagues de chaleur de l’été dernier sur l’économie belge ? C’est l’objet de l’analyse du Centre d’Analyse des Risques du Changement Climatique (CERAC).
Ce n’est pas une source choisie au hasard. Le CERAC a été créé par le gouvernement fédéral à la suite des inondations meurtrières de 2021 afin d’identifier les risques climatiques et environnementaux auxquels notre pays est confronté. En 2025, il a publié une vaste Évaluation belge des risques climatiques, mettant en garde contre plusieurs conséquences graves du changement climatique, notamment en matière d’infrastructures, de santé, d’économie et de finances.
Les inondations demeurent de loin la plus grande menace pour notre pays en raison des dégâts matériels considérables qu’elles provoquent. Avec le réchauffement climatique, les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents et ne feront que s’intensifier. Les inondations en sont un exemple. L’été dernier en a également fourni une illustration frappante, avec trois vagues de chaleur et des températures dépassant les 25°C pendant la moitié des jours de la saison.
Un bilan humain bien supérieur aux prévisions
Cette chaleur extrême a entraîné près de 3 000 décès supplémentaires dans notre pays, un bilan qui dépasse largement les prévisions. Près de 10 % de la surmortalité observée en Europe entre la mi-juin et la mi-août a été enregistrée en Belgique, alors que notre pays ne représente que 2,5 % de la population de l’Union européenne. Rapportés à la population, les chiffres belges de surmortalité de l’été dernier sont probablement les plus élevés d’Europe.
Bien entendu, les conséquences ne se limitent pas à cette tragique perte de vies humaines. La chaleur a un impact direct sur la santé et sur les besoins en soins médicaux. Les services d’urgence ont connu une pression supérieure à celle observée durant les périodes les plus critiques de la pandémie de Covid. Même celles et ceux qui sont restés en bonne santé ont ressenti les effets de la chaleur : le confort, la concentration et la productivité s’en trouvent diminués.
Une productivité qui fond sous la chaleur
Lorsque le thermomètre dépasse les 30 degrés, la productivité du travail diminue. L’impact varie selon le type d’activité exercée, mais en moyenne, chaque degré supplémentaire réduit la production horaire d’environ 3 %. L’étude du CERAC montre que, cet été, chaque travailleur a perdu en moyenne l’équivalent de cinq jours de travail.
Les personnes travaillant à l’intérieur ressentent généralement moins les effets de la chaleur que celles qui travaillent sur un chantier ou dans les champs. Certains secteurs sont beaucoup plus touchés que d’autres, non seulement en matière de travail, mais aussi en raison d’une baisse de l’approvisionnement en matières premières par voie navigable, de perturbations des processus de production, de mauvaises récoltes, etc.
C’est pourquoi, en cas de poursuite du réchauffement climatique, la Belgique pourrait connaître une perte de productivité estimée à 12 %, un chiffre plus proche de ceux observés dans le sud de l’Europe que dans les pays au climat tempéré ou septentrional.
L’été 2026 devrait coûter à l’ensemble de l’Union européenne environ 1 % de son PIB, soit une perte de 180 milliards d’euros par rapport aux prévisions de croissance. Des chiffres du même ordre de grandeur sont attendus pour la Belgique et ses pays voisins. Aux Pays-Bas, cette situation effacerait la croissance économique attendue. En Belgique également, même si les chiffres doivent encore être confirmés définitivement, le CERAC craint qu’il ne reste que peu de chose des 1,1 % de croissance économique prévus. En valeur absolue, les vagues de chaleur auraient fait disparaître quelque 6 milliards d’euros de richesse dans notre pays.
Investir dans la résilience
Même si ces phénomènes météorologiques extrêmes réduisent encore davantage les marges budgétaires, l’intervention des pouvoirs publics est indispensable pour éviter une aggravation de la situation. Premièrement, les émissions de gaz à effet de serre de la Belgique doivent continuer à diminuer. Selon une enquête récente du SPF Santé publique, 8 Belges sur 10 estiment que les autorités doivent poursuivre leur politique climatique. Mieux vaut prévenir que guérir.
Mais puisque nous savons que le dérèglement climatique ne disparaîtra pas du jour au lendemain, nous devons également mieux préparer la société à ses conséquences. La Commission européenne estime que la Belgique pourrait développer la résilience nécessaire en investissant chaque année, d’ici à 2050, l’équivalent de 0,2 % du PIB, soit 0,6 % des dépenses publiques totales, dans l’adaptation au changement climatique.
Ce montant reste largement inférieur aux pertes causées par les vagues de chaleur. Avec 1,6 milliard d’euros par an, il serait possible de financer les investissements nécessaires dans les infrastructures, les écosystèmes et les soins de santé, ainsi que les mesures économiques et financières indispensables (subventions, soutien public, etc.).
Plans canicule : passer de l’improvisation à la structure
Le rapport du CERAC souligne la nécessité de prendre des mesures afin de protéger les travailleurs, en particulier celles et ceux qui exercent leur activité à l’extérieur et sont inévitablement exposés à des températures plus élevées.
Les chercheurs rappellent que les travailleurs précaires (contrats temporaires, travail de plateforme, sous-traitance, etc.) sont souvent davantage exposés à la chaleur et/ou oubliés dans les dispositifs de protection.
L’été dernier, SYNOVA pointait déjà cette faiblesse : la réponse aux vagues de chaleur repose trop souvent sur l’improvisation.
Nous avons défendu l’idée qu’un plan canicule doit être instauré dans chaque entreprise, en concertation avec les travailleurs. Nous avons également insisté sur le fait que les mesures prises ne peuvent se faire au détriment des travailleurs et que ces plans doivent être mis en place dans tous les secteurs.
Des plans de transition pour une société et des entreprises résilientes face au climat
Idéalement, un plan canicule devrait s’inscrire dans un cadre plus large. Selon nous, des plans de transition doivent être élaborés aux niveaux national, sectoriel et des entreprises afin de préparer la société et les organisations au climat de demain.
Ces plans doivent favoriser des activités durables et des conditions de travail adaptées à l’évolution des conditions météorologiques, non seulement aux vagues de chaleur, mais aussi aux périodes de chaleur « ordinaire », aux épisodes prolongés de pluie ou de sécheresse, etc.
Ils doivent être conçus en concertation avec les travailleurs afin de répondre aux besoins réels en matière de formation, d’équipements de protection et d’organisation du travail, tout en garantissant des emplois de qualité.
SYNOVA défend une politique climatique juste
SYNOVA défend une politique climatique juste qui renforce les citoyens et les travailleurs. C’est pourquoi nous participerons à la Marche Climat le 11 octobre 2026.
Rejoignez-nous ! Rendez-vous à 14 h à la gare du Nord à Bruxelles.