La Belgique veut s’inspirer du meilleur système ferroviaire d’Europe
La CGSLB plaide pour une mobilité durable fondée sur un transport public intégré en Belgique, inspiré du modèle ferroviaire suisse, référence européenne en matière d’efficacité et de coordination. Face à la coexistence de plusieurs opérateurs, SNCB, De Lijn, STIB et TEC, nous appelons à une vision commune, à une planification à long terme et à une augmentation des investissements dans le rail. Une telle approche renforcerait l’accessibilité, la cohérence du réseau et la transition climatique, au bénéfice des travailleurs et de l’ensemble des citoyens.
Le ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, et la CEO de la SNCB, Sophie Dutordoir, ont récemment visité la Suisse pour y étudier le modèle ferroviaire le plus performant d’Europe. Leur ambition : s’inspirer du “modèle suisse”, où train, tram, bus et même bateau fonctionnent comme un seul réseau intégré, accessible avec un seul titre de transport.
Un objectif ambitieux que la CGSLB salue… à condition qu’il s’accompagne d’une vision claire, de moyens concrets et d’investissements à la hauteur.
Le modèle suisse : un système intégré qui séduit l’Europe
En Suisse, les usagers voyagent d’un point A à un point B avec un seul ticket, quel que soit le moyen de transport utilisé. Les horaires des différents opérateurs sont parfaitement synchronisés : train, tram, bus ou métro se complètent sans rupture. Résultat : 9 millions d’habitants et plus de 1,4 million de passagers par jour sur le réseau ferroviaire.
La ponctualité dépasse les 93 %, et la satisfaction des voyageurs reste parmi les plus élevées d’Europe.
Mais ce succès n’est pas le fruit du hasard : il repose sur une planification à long terme, un financement stable et un cadre politique cohérent, trois éléments qui manquent cruellement au système belge.
En Belgique : quatre opérateurs, mais pas encore un seul système
Aujourd’hui, les voyageurs belges doivent composer avec quatre opérateurs : la SNCB au niveau fédéral, De Lijn en Flandre, la STIB à Bruxelles et le TEC en Wallonie. Chacun dispose de ses propres titres de transport, applications et horaires, ce qui rend l’expérience utilisateur complexe et peu incitative. À l’heure actuelle, seule la Région bruxelloise propose un billet train-bus-tram-métro via le Brupass, qui permet d’accéder aux transports du réseau SNCB, STIB, De Lijn et TEC. Preuve qu’une collaboration entre les différents opérateurs est possible !
La CGSLB estime qu’il est grand temps de mettre en place une intégration complète du transport public en Belgique, inspirée du modèle suisse, mais adaptée à la réalité belge.
La position de la CGSLB : vers un système fluide, cohérent et coordonné
Dans ses Objectifs 2030, la CGSLB formule une position claire :
« Les transports publics ne deviendront véritablement attractifs et incitatifs que lorsqu’ils se présenteront comme un système performant, cohérent et intégré : lorsqu’il sera possible de passer facilement et sans interruption entre plusieurs modes de transport public avec un seul titre de transport, tout en bénéficiant des services de plusieurs opérateurs. »
Pour mettre en place un système de transport public intégré, il faudra que tous les éléments s’articulent parfaitement les uns avec les autres et se renforcent mutuellement.
Cela implique :
Pour la CGSLB, c’est aussi une question de justice sociale et environnementale : un transport public efficace et accessible renforce le pouvoir d’achat, réduit la dépendance à la voiture et contribue directement à la transition climatique.
Doubler les investissements dans le rail : une nécessité
Le constat est sans appel : en 2023, la Suisse a investi 477 € par habitant dans le rail, contre seulement 101 € en Belgique. Parmi nos recommandations, nous avons indiqué que la dotation publique octroyée à la SNCB et Infrabel devait atteindre 1% du PIB d’ici 2030. Nous étions à 0,51% en 2019 et à 0,60% en 2024. Pour la CGSLB, il faut au moins doubler ces investissements publics.
Toujours dans nos Objectifs 2030, nous indiquons :
L'effet multiplicateur des investissements dans les transports publics est important, il contribue à la réalisation des objectifs climatiques d'ici 2050, il augmente les possibilités pour les travailleurs de se rendre au travail de manière durable et il stimule la croissance de la productivité de l'économie belge.
Une augmentation des investissements dans la SNCB et Infrabel est également nécessaire pour pouvoir réaliser une vision ferroviaire ambitieuse d'ici 2040.
Une démarche que la CGSLB porte aussi au Conseil central de l’Économie
La demande d’un transport public réellement intégré, inspiré du modèle suisse, ne se limite pas aux déclarations politiques. La CGSLB poursuit activement ce dossier au sein du Conseil central de l’Économie (CCE), où les partenaires sociaux plaident ensemble pour une meilleure coordination entre les niveaux de pouvoir. Dans un avis publié au printemps 2025, le CCE a appelé les autorités fédérales et régionales à travailler conjointement à la création d’un système de mobilité cohérent, fondé sur une planification commune et une tarification unifiée.
Pour la CGSLB, cette coopération institutionnelle est essentielle : sans cadre partagé, aucune intégration réelle n’est possible. Le syndicat plaide ainsi pour un pilotage global du transport public, où les quatre opérateurs belges (SNCB, De Lijn, STIB et TEC) agissent enfin comme les maillons d’un même réseau, au service des usagers et du climat.
Un momentum à saisir
La volonté politique d’avancer vers un modèle intégré existe. Mais sans planification pluriannuelle, sans coordination entre les niveaux de pouvoir et sans financement renforcé, la Belgique risque de rester à quai.
La CGSLB appelle le gouvernement à transformer cette inspiration suisse en engagement concret : un réseau intégré, accessible à tous, soutenu par des investissements durables et une vision cohérente du service public.