Vous créez la richesse, vous méritez d’en profiter
Pourquoi le dividende salarié n’est pas un luxe, mais un droit
La vente de Clarebout Potatoes et les réactions de son personnel ont mis en lumière une question sensible : les travailleurs s’interrogent, à juste titre, sur la valeur de leur rôle dans le succès de leur entreprise. Alors que la société est vendue pour une somme impressionnante, beaucoup se sentent sous-évalués, recevant seulement une modeste prime. Ce malaise renvoie à une question fondamentale : comment garantir que celles et ceux qui créent la richesse en bénéficient aussi de manière équitable ?
Au-delà de ce cas particulier, la CGSLB souhaite élargir le débat. Le partage des bénéfices ne doit pas être une exception, mais un principe structurel. C’est pourquoi nous plaidons pour la mise en place d’un système durable et transparent de dividendes salariés, afin que chaque travailleur puisse bénéficier équitablement du succès qu’il contribue à bâtir.
La richesse est collective, la récompense doit l’être aussi
Que vous travailliez en usine, dans un bureau ou dans un magasin : sans votre engagement, il n’y a pas de bénéfice. Pourtant, dans de nombreuses entreprises, les profits vont avant tout aux actionnaires, tandis que les travailleurs voient leur salaire stagner voire rester gelé, faute de marge salariale ces dernières années. C’est non seulement injuste, mais aussi insoutenable. Dans d’autres pays, il va de soi que les travailleurs participent automatiquement aux bénéfices. Pourquoi en serait-il autrement ici ?
La CGSLB plaide pour l’instauration d’un dividende salarié, dans le cadre de l’article 14 de la loi sur la norme salariale. Concrètement, lorsqu’une entreprise augmente ses dividendes au-delà de la norme salariale, cela devrait automatiquement entraîner une prime non récurrente équivalente pour les travailleurs, sans que cela constitue une infraction à la loi. La richesse n’est pas un privilège réservé aux actionnaires : elle résulte d’un effort collectif.
Pour éviter que ces primes ne remplacent de véritables augmentations de salaire, les entreprises qui versent des dividendes plus élevés devraient être tenues d’utiliser l’intégralité de la marge salariale disponible. Ainsi, la prime reste bien un complément, et non un substitut au salaire brut.
Enfin, la CGSLB demande que les primes versées via la CCT 90 et le dividende salarié soient exclues du calcul de la marge salariale. Cela éviterait que ces primes entraînent une réduction de la marge lors des prochaines négociations interprofessionnelles, une injustice pour les travailleurs qui n’ont pas reçu de bonus.
CCT 90 : une formule gagnante
Des mécanismes existent déjà pour permettre aux travailleurs de bénéficier des résultats de leur entreprise, notamment la CCT 90.
Ce système fonctionne très bien ici. Il s’agit d’une prime liée aux résultats, négociée chaque année. Ce n’est donc pas une charge salariale structurelle pour l’employeur. De nombreuses entreprises rentables, notamment dans la pharmacie, l’informatique et la chimie, utilisent la CCT 90.
Les modalités de la prime sont déterminées chaque année par l’entreprise. Chez Colruyt aussi, une partie des bénéfices est redistribuée aux travailleurs. La convention sur la participation aux bénéfices doit d’ailleurs être renouvelée tous les deux ans.
Plus de pouvoir d’achat, moins d’inégalités
Lors de sa tournée d’été 2025, la CGSLB l’a rappelé : « Vous créez la richesse, vous méritez la richesse ! ». Nous avons déjà obtenu des chèques-repas plus élevés, soit de l’argent concret dans votre portefeuille. Et nous voulons aller plus loin. Car pendant que les prix augmentent et que les loyers grimpent, les salaires stagnent, alors que certaines entreprises enregistrent des profits records. Il faut que cela change.
Une répartition plus équitable des bénéfices n’est pas une utopie. C’est une étape nécessaire vers plus de pouvoir d’achat, plus de justice et plus de motivation au travail. Les dividendes salariés et la CCT 90 sont des outils puissants pour y parvenir.
Parallèlement, la CGSLB estime qu’il est indispensable de réformer la loi sur la norme salariale elle-même, afin que les travailleurs retrouvent enfin leur droit à de vraies augmentations de salaire brut. Mais cela ne suffit pas pour les entreprises les plus rentables : celles-ci doivent aussi partager davantage.
Construire ensemble une économie plus juste
La CGSLB continue de se battre pour un avenir plus équitable. Pour un système dans lequel les travailleurs ne restent pas sur la touche, mais prennent part pleinement aux décisions et aux résultats. Car celles et ceux qui créent la richesse méritent d’en récolter les fruits. Ensemble, construisons un marché du travail fondé sur le respect, la justice et le pouvoir d’achat.