En Belgique, 4 personnes sur 10 s’occupent de quelqu’un de leur famille. Les femmes en font les frais
En cette fin de mois d’août, une énergie particulière plane dans l’air : la rentrée des classes, les agendas qui se remplissent et le branle-bas de combat pour faire face à la cohue d’une nouvelle année scolaire.
Mais cette agitation annuelle cache une réalité bien plus grande : pour quatre Belges sur dix, s’occuper de quelqu’un n’a rien d’exceptionnel, c’est une routine journalière. L’office belge de statistique, Statbel, le confirme clairement : 3,4 millions de Belges prennent soin d’un enfant, d’un petit-enfant, d’un partenaire malade ou d’un membre de la famille. Et même si ces responsabilités sont largement répandues, leur impact continue de peser de manière disproportionnée sur les femmes, constate SYNOVA.
Beaucoup de soins, mais aussi un fossé femmes-hommes en la matière
Dans notre pays, nombreuses sont les personnes qui prennent soin d’autrui. La plupart combinent activité professionnelle et responsabilités de soins, ce qui n’est pas toujours évident. Il ressort d’une enquête récente de Statbel que plus d’un travailleur sur trois ayant des responsabilités de soins (35,1 %) déclare devoir adapter sa situation professionnelle afin de concilier ces responsabilités avec son emploi.
Près de la moitié des femmes qui assument des tâches de soins adaptent leur travail pour parvenir à tout concilier. Chez les hommes, cette proportion se limite au quart. Loin d’être un détail, cette différence est une réalité structurelle. Les femmes réduisent plus fréquemment leur temps de travail, tandis que les hommes adaptent leurs horaires sans réduire leur nombre d’heures. Le changement d'employeur ou de fonction est également plus fréquent chez les femmes que chez les hommes. Pourtant, nous continuons à parler de « choix », comme s’il s’agissait de décisions voulues. Or, à la lecture des chiffres, il apparaît surtout qu’il s’agit d’adaptations imposées par la nécessité dans un marché du travail qui semble encore fonctionner selon un modèle traditionnel de répartition des soins.
Souvent, dans un couple, la question est : qui réduit ses prestations de travail ? Vient alors le calcul : Qui gagne le moins ? Qui a le plus de flexibilité dans son travail ? Qui peut s’adapter le plus aisément ? Or cette évaluation penche toujours en défaveur des femmes.
La suite est prévisible pour elles : carrière moins complète, moins de possibilités d’évolution, rémunération moindre (en d’autres termes, la répartition inégale des tâches de soins se reflète dans l’écart salarial entre hommes et femmes), pension inférieure, davantage de stress et un marché du travail qui perd des talents. Bref, le fossé en matière de soins est non seulement injuste, mais il s’avère également néfaste sur le plan économique.
La double charge de la génération « sandwich »
En outre, la pression augmente. La génération dite « sandwich » — terme qui désigne les personnes qui s’occupent à la fois de leurs (petits-)enfants de moins de 15 ans et d’un partenaire ou d'un autre membre de la famille qui est malade ou en situation de vulnérabilité — compte actuellement 280.000 personnes de 18 à 74 ans. Plus de la moitié d’entre elles combinent cette double responsabilité de soins avec un emploi.
Un nombre croissant de personnes rencontrent des obstacles pour concilier leur travail et leurs responsabilités de soins. En 2025, 44,8 % des personnes occupées assumant des tâches de soins indiquaient que leur emploi constituait un obstacle à celles-ci.
Les obstacles les plus fréquemment mentionnés sont un long temps de travail, une activité professionnelle exigeante et des horaires de travail aléatoires.
Les femmes considèrent en outre plus souvent que les hommes que leur emploi est plus difficilement conciliable avec leurs responsabilités de soins. Ces chiffres sont un signal d'alarme et pas une simple anecdote.
SYNOVA demande des carrières faisables
Chez SYNOVA, nous plaidons depuis des années pour des carrières faisables. Un marché de l'emploi où le travail s'adapte à la vie, et non l'inverse. Une réalité où la prise en charge de proches n’est pas une punition, mais une responsabilité partagée. C’est pourquoi nous demandons des horaires prévisibles, des modalités de travail flexibles sans perte de salaire, des structures d’accueil pour enfants accessibles, des systèmes de soins (de proximité) forts et une culture d’entreprise favorable aux aidants. Non pas parce que les soins seraient une affaire de travailleuses, mais parce qu’ils constituent un enjeu de société
Un pas en avant : le congé de naissance allongé d’une semaine
Dans ce contexte, l'accord conclu dans le cadre du nouveau crédit familial du gouvernement fédéral, qui prévoit une semaine supplémentaire de congé de naissance pour les enfants nés à partir de 2026, est une bonne nouvelle. Il s'agit de cinq jours isolés, à prendre librement jusqu'au premier anniversaire de l'enfant. Ces jours sont destinés en premier lieu au père ou au coparent, mais sont transférables à la mère. C’est un pas dans la bonne direction. Plus les pères bénéficieront de droits en matière de soins, plus nous réduirons le fossé en la matière. Encore faut-il que ces droits soient effectivement exercés. Sinon, l’écart ne fera que s’agrandir.
Partager les soins pour renforcer
Les chiffres de Statbel montrent que les responsabilités de soins sont omniprésentes et que certaines inégalités persistent. Tant que les femmes seront principalement celles qui adaptent leur carrière, le fossé en matière de soins subsistera. Tant que les responsabilités de soins reviendront automatiquement en premier lieu aux femmes, les inégalités continueront de croître. Tant que le travail ne sera pas adapté aux besoins en matière de soins, les familles continueront à devoir jongler au quotidien.
Il est certain que le marché du travail peut faire davantage pour soutenir les tâches de soins. Une marge de manœuvre existe pour progresser ensemble, avec les employeurs et les décideurs politiques. Mais les familles ont également un rôle clé à jouer. Si les pères font valoir leurs droits en matière de soins, si les tâches de soins ne sont plus automatiquement confiées aux femmes, alors le fossé en matière de soins pourra enfin commencer à se réduire.
SYNOVA continuera de s’engager pour un marché du travail qui partage les responsabilités de soins, sans les réserver d'office à une catégorie. Un marché du travail où chacun peut avancer, sans devoir s’épuiser.