Travailler plus longtemps : pourquoi les emplois intergénérationnels sont ceux de l’avenir
Les frontières de la pension reculent, et de plus en plus de travailleurs de plus de 50 ans restent actifs. Une chose est claire : nous travaillons plus longtemps. Mais une question essentielle se pose : comment faire en sorte que travailler plus longtemps reste soutenable ?
Le mythe du “travailleur âgé”
Il convient d’abord de battre en brèche un cliché persistant : le travailleur âgé n’existe pas. Le groupe des 50 ans et plus est très diversifié. Ces travailleurs apportent une grande richesse d’expérience, tant professionnelle que personnelle, et leurs besoins, motivations et ambitions varient considérablement. Ils demandent des solutions sur mesure, pas des politiques généralisantes.
Et non, les clichés ne tiennent pas : les plus de 50 ans n’attendent pas impatiemment leur retraite, ne sont pas moins flexibles ou moins disposés à apprendre. Au contraire, beaucoup veulent encore atteindre des objectifs, valoriser leurs talents et continuer à exercer un travail porteur de sens.
Le taux d'emploi des 55-64 ans continue d’augmenter. En 2023, il s'élevait à 57,8 %, et en 2024, il atteignait déjà 59,4 %. Au premier trimestre 2025, il était de 60,4 %, et au deuxième trimestre de cette année, il atteignait même 62,4 %. C'est ce qui ressort des résultats de l'enquête sur les forces de travail (EFT) réalisée par Statbel, l'office belge de statistique.
Ces personnes ne veulent pas être mises à l’écart, mais faire partie intégrante de la société.
Des opportunités manquées pour les employeurs
Trop souvent, les employeurs ne saisissent pas ces opportunités. Selon les chiffres d’Unia, qui ouvre chaque année des dizaines de dossiers pour discrimination fondée sur l’âge dans le marché du travail, les travailleurs âgés restent victimes de comportements discriminatoires, notamment en matière d’accès à l’emploi (embauche).
Pourtant, les travailleurs plus âgés possèdent une intelligence contextuelle, un réseau interne solide, et la capacité à naviguer efficacement au sein des organisations.
Ils sont loyaux, collaboratifs, et aiment transmettre leurs connaissances en tant que mentors ou coaches. À une époque où l’arrivée de jeunes travailleurs diminue, ces profils expérimentés sont plus précieux que jamais.
Un travailleur de plus de 50 ans peut être un atout précieux et durable dans l’entreprise.
Mais trop souvent, les candidats plus âgés ne sont pas évalués avec les mêmes critères que les plus jeunes. Qui décide des embauches ? Et sur base de quels préjugés ? Ne serait-il pas temps de regarder au-delà de l’âge et de se concentrer sur le talent, l’expérience, la motivation et la résilience ?
Briser les tabous
Certains sujets restent trop souvent tabous. Vieillir au travail comporte son lot de défis : le sentiment d’invisibilité, ou la pression de devoir toujours tenir bon. Le “tabou Joe Biden” renvoie à ces personnes ambitieuses qui peinent à reconnaître leurs limites. Et le “principe de Peter” : ces travailleurs qui progressent jusqu’à dépasser leur zone de compétence. Ces situations nécessitent des conversations franches, non pas sur les objectifs, mais sur le bien-être. Comment vous sentez-vous ? De quoi avez-vous besoin ? Le leadership commence par l’écoute.
L’apprentissage ne s’arrête pas à 50 ans
Les 50 ans et plus représentent un immense réservoir de savoir et de compétences.
Il faut en finir avec l’idée qu’ils seraient “obsolètes” ou “dépassés sur le plan numérique”. Ce n’est pas une question d’âge, mais de besoins concrets de la personne dans un contexte professionnel spécifique.
L’apprentissage continu ne fonctionne que si l’on encourage activement et inspire tous les travailleurs, quel que soit leur âge. Les cadres doivent être formés à mener des entretiens de carrière constructifs, et les journées de formation doivent partir de la question suivante : “De quoi cette personne a-t-elle besoin pour progresser dans son emploi et sa carrière ?” et non : “Quel âge a-t-elle ?”
Faire travailler les générations ensemble
Le mentorat inversé, où jeunes et travailleurs expérimentés apprennent l’un de l’autre, fonctionne. Les équipes mixtes stimulent l’innovation grâce à la combinaison des savoirs, des expériences et des points de vue. Un jeune collègue ayant l’âge des enfants d’un travailleur plus âgé crée de la reconnaissance mutuelle et du lien. Apprendre les uns des autres devient alors un processus naturel.
Que demande la CGSLB ?
La CGSLB défend un ensemble de mesures visant à pérenniser les emplois :
- Renforcer la CCT 104 (qui impose aux entreprises de plus de 20 travailleurs d’établir un plan pour l’emploi des 45+) en y instaurant des sanctions pour les entreprises qui ne la respectent pas, mais aussi des incitants positifs, comme un label de qualité pour celles qui la mettent en œuvre durablement.
- Créer des fonds démographiques sectoriels pour anticiper le vieillissement de la population active.
- Favoriser la collaboration intergénérationnelle, via des formules de parrainage et de mentorat, par exemple en réduisant les cotisations sociales pour les travailleurs plus âgés qui assument ce rôle. Ces options doivent également être ouvertes aux jeunes accompagnant leurs aînés (reverse mentoring). Le mentorat mérite une place plus importante dans toute politique de carrière durable.
- Garantir un cadre stable et prévisible pour les fins de carrière, doté d’un financement suffisant.
À ce titre, nous rappelons le récent accord sur les emplois de fin de carrière, conclu au sein du Conseil national du travail. Grâce à une concertation sociale intensive, syndicats et employeurs ont pu adoucir les mesures gouvernementales et parvenir à un compromis équilibré offrant de la stabilité aux travailleurs âgés jusqu’au 30 juin 2029.
Toutes ces mesures doivent accorder une attention particulière aux travailleurs à temps partiel, peu qualifiés, aux ouvriers et au personnel des PME de moins de 50 travailleurs, des groupes qui, selon une enquête de la CGSLB, expriment plus souvent un ressenti négatif face à la soutenabilité de leur emploi.
Le travail faisable est la clé
Les études comme le baromètre flamand de la faisabilité (Vlaamse Werkbaarheidsmonitor) le confirment : les gens peuvent parfaitement travailler jusqu’à l’âge de la retraite, à condition que leur emploi soit soutenable. Cela signifie une charge de travail réaliste, un équilibre sain entre vie professionnelle et vie privée, des possibilités d’apprentissage et un travail porteur de sens. Miser sur des emplois de qualité est crucial tout au long de la carrière.
Il faut aussi penser à l’ergonomie, à la santé physique et mentale, et au droit à la déconnexion. Reconnaissons qu’une carrière n’est pas linéaire : parfois, un pas de côté ou en arrière permet d’aller de l’avant de plus belle. Le job crafting, où le travailleur co-construit son poste idéal avec son employeur, peut y contribuer.
Le message aux employeurs : osez regarder au-delà de l’âge. Voyez le talent, les compétences, la mentalité et la résilience.
Travailler durablement
Travailler plus longtemps est une réalité. Mais travailler de manière intergénérationnelle est un choix, un choix payant pour les travailleurs comme pour les employeurs. Cela demande du courage : celui de briser les tabous, d’offrir du sur-mesure, d’investir dans la collaboration intergénérationnelle et de placer le travail faisable au centre.
La CGSLB continue à œuvrer pour une politique de carrière durable, où chacun, quel que soit son âge, puisse exercer un travail porteur de sens. Car, au fond, ce qui compte, ce n’est pas l’âge, mais ce que vous avez à offrir et pouvez continuer à offrir.