Réforme du chômage à Bruxelles : 100 000 offres d’emplois, réalité ou illusion ?
« 100 000 offres d’emploi : c’est vendeur, on a envie d’y croire », a lancé notre Secrétaire régional bruxellois, Michaël Dufrane, lors d’un rassemblement du 4 février devant la fédération patronale BECI. Mais pour la CGSLB, ce chiffre brandi par les employeurs donne une image faussée du marché de l’emploi bruxellois. Derrière l’effet d’annonce, des milliers de personnes veulent travailler et cherchent activement un emploi, sans pour autant trouver une opportunité réelle.
La réforme du chômage est pourtant bien là, avec des conséquences lourdes : 42 000 exclusions annoncées et un risque accru de pauvreté dans une région où celle-ci atteint déjà des niveaux très élevés. « Si tout pouvait être aussi simple, cela se saurait », rappelle notre Secrétaire régional. Former et accompagner ne suffit pas s’il n’y a pas, finalement, de véritables emplois.
Bruxelles, riche et pauvre à la fois
Bruxelles reste marquée par un paradoxe structurel : une région économiquement dynamique, mais traversée par de profondes inégalités sociales. Pour la CGSLB, le dynamisme économique bruxellois doit bénéficier à l’ensemble de la collectivité, en particulier lorsque des secteurs et des entreprises profitent d’aides publiques.
Actiris, Bruxelles Formation, les CPAS, les associations et les syndicats (dont la CGSLB, via ses job corners) multiplient les efforts pour renforcer l’accompagnement des demandeurs d’emploi.
On aura beau accompagner et former tant qu’on veut, s’il n’y a pas d’offre d’emploi réelle, tous ces efforts ne serviront à rien.
Des raccourcis dangereux
Mettre en parallèle 100 000 offres d’emploi et 96 000 demandeurs d’emploi bruxellois relève, selon la CGSLB, d’un raisonnement simpliste. « Ces raccourcis sont dangereux », insiste Michaël Dufrane. Si les chiffres suffisaient, le taux de sortie vers l’emploi après formation atteindrait presque 100 %, notamment dans les métiers dits en pénurie, comme la construction. Or ce n’est pas le cas.
La réalité du terrain est tout autre : demandeurs d’emploi plus âgés systématiquement écartés, jeunes et moins jeunes jugés « pas assez expérimentés », discriminations persistantes liées à l’âge ou à l’origine. Autant d’obstacles que la CGSLB combat dans le cadre de sa vision d’un marché de l’emploi plus juste et inclusif.
Flexi-jobs, IA : de faux remèdes au vrai problème
Pourquoi favoriser les flexi-jobs et le recours massif aux étudiants ou aux pensionnés alors que de nombreux demandeurs d’emploi restent sans solution ? Pour la CGSLB, la réponse est claire : il s’agit trop souvent de main-d’œuvre moins chère. Même l’usage de l’intelligence artificielle pour détecter des offres d’emploi, comme proposé par BECI, ne résoudra rien sans une réelle volonté d’engager.
« Postuler, envoyer des CV, être filtré et au final être bloqué par des algorithmes parce qu’on ne rentre pas parfaitement dans les cases : voilà la réalité », a dénoncé Michaël Dufrane. La CGSLB rappelle que la formation continue relève aussi de la responsabilité des employeurs et que beaucoup de travailleurs ont appris et apprennent encore leur métier en travaillant.
Emplois de qualité : un choix de société
Pour la CGSLB, les constats sont connus et les enjeux clairement identifiés. Atteindre un taux d’emploi élevé ne se fera pas au prix de l’exclusion ou de la précarité. « 100 000 jobs, c’est un bel effet d’annonce. Mais maintenant, on fait quoi concrètement ? », a interrogé Michaël Dufrane.
À l’horizon 2030, la CGSLB défend une vision claire : des emplois de qualité, accessibles à toutes et tous, sans discrimination, permettant de vivre dignement de son travail. Le message adressé aux employeurs est sans détour : ils détiennent une partie essentielle des solutions. Donner enfin une vraie chance aux Bruxelloises et aux Bruxellois n’est pas une option, mais une responsabilité.