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Meta supprime 8.000 emplois : l’IA ne peut pas servir d’excuse à la casse sociale

Gepubliceerd op
24/04/2026
Een man van middelbare leeftijd zit van achteren gefotografeerd aan een bureau voor een raam, werkend op een laptop waarop een Google Gemini AI-interface zichtbaar is.

Meta, la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, a annoncé la suppression de 8.000 emplois dans le monde, soit environ 10 % de ses effectifs. À cela s’ajoute la suppression de 6.000 postes vacants. Cette restructuration intervient alors que Meta investit des milliards dans l’intelligence artificielle, les modèles de langage et les chatbots.

Dans une note interne, Meta fait explicitement référence à ces investissements en IA : l’entreprise veut devenir plus « efficace » et libérer des ressources pour le développement de nouveaux systèmes d’IA. Parallèlement, les travailleurs sont encouragés à utiliser des outils d’IA internes pour des tâches comme le codage, tandis que des outils de monitoring sont également déployés pour enregistrer les frappes au clavier et les mouvements de souris.


Pour la CGSLB, il s’agit d’un signal d’alarme important. Non pas parce que la technologie constitue en soi une menace, mais parce que ce type de décision illustre comment l’IA peut être introduite sans dialogue social suffisant, sans transparence et sans accompagnement des travailleurs.rs.

L’IA comme priorité d’investissement, les travailleurs comme variable d’ajustement ?

Meta prévoit d’investir jusqu’à 135 milliards de dollars cette année dans le développement d’une « superintelligence personnelle » pour ses 3,5 milliards d’utilisateurs. Dans le même temps, des milliers d’emplois disparaissent.

Cela s’inscrit dans une tendance plus large : les entreprises investissent massivement dans l’IA et réalisent souvent des gains de productivité et des marges bénéficiaires plus élevées, tandis que ces bénéfices ne se traduisent pas automatiquement par davantage d’emplois ou de meilleures conditions de travail. Pour obtenir un impact positif sur l’ensemble de l’économie et de la société, il est nécessaire d’assurer une concurrence suffisante et une diffusion large de la technologie. Aujourd’hui, on constate que les superstar firms (entreprises ultra-dominantes) deviennent plus puissantes et plus grandes, évinçant les petites entreprises du marché. Cela freine la croissance de la productivité pour l’ensemble de l’économie et menace une répartition équitable de la richesse créée. Résultat : moins de création d’emplois et une baisse de la part des salaires.
 

Un impact nuancé

Les études montrent pourtant que l’impact de l’IA sur le marché du travail est nuancé :

  • une part limitée des emplois (environ 7 %) risque de disparaître ;
  • mais pour 50 à 60 % des emplois, le contenu des tâches sera profondément modifié.

Le cœur du problème n’est donc pas seulement la perte d’emplois, mais surtout la rapidité avec laquelle les compétences évoluent et le niveau de soutien apporté aux travailleurs.

Lorsque les entreprises utilisent principalement l’IA pour réduire les coûts, sans investir dans l’humain, un déséquilibre apparaît, problématique tant sur le plan social qu’économique.

Que dit la CGSLB ? Focus sur les compétences, l’accompagnement et la concertation

Dans notre vision de l’intelligence artificielle, un principe central prévaut : la technologie doit renforcer les travailleurs, et non les remplacer ou les mettre sous pression.

C’est pourquoi la CGSLB plaide pour une approche structurelle sur quatre axes :

1. Une transition numérique centrée sur l’humain

L’IA doit contribuer à de meilleurs emplois : moins de tâches répétitives, plus de qualité et de sécurité. L’automatisation ne peut pas devenir synonyme de recul social.

2. Monitoring de l’impact et transparence

L’impact de l’IA sur les emplois et les compétences reste aujourd’hui insuffisamment clair et trop peu suivi.

Nous demandons donc des analyses d’impact systématiques et des « skills assessments » (évaluation des compétences), en particulier au niveau sectoriel, tant par les pouvoirs publics que par les partenaires sociaux.

Les travailleurs doivent en outre savoir :

  • quels systèmes sont utilisés ;
  • comment les décisions sont prises ;
  • et quelles en sont les conséquences pour leur emploi.

3. Investir massivement dans la formation et la reconversion

Le principal défi concerne les compétences. D’ici 2030, 35 % des compétences actuelles seront obsolètes ou ne seront plus nécessaires. Cela implique une transformation profonde du contenu des emplois et un besoin accru de nouvelles compétences. Il est donc nécessaire de lancer une large offensive de formation pour requalifier et perfectionner les travailleurs.

Or, aujourd’hui :

  • seule environ la moitié des travailleurs suit une formation chaque année ;
  • alors qu’une large majorité en souhaite davantage ;
  • et qu’un écart croissant existe en matière de compétences en IA entre les travailleurs hautement qualifiés et les moins qualifiés.

Il faut donc une politique de formation ambitieuse :

  • en matière de renforcement du droit individuel à la formation ;
  • un parcours d’accompagnement et de formation au niveau sectoriel via des fonds sectoriels suffisamment financés ;
  • un accompagnement prioritaire des travailleurs qui perdent leur emploi en raison de la transition numérique.

4. Une régulation forte et un dialogue social renforcé

L’IA influence toutes les phases de la relation de travail : du recrutement à l’évaluation et au licenciement.

Cela nécessite des règles claires sur l’utilisation des données et le monitoring, la transparence des décisions algorithmiques, un contrôle humain des systèmes et surtout l’implication obligatoire des représentants des travailleurs.

Sans accords collectifs et sans concertation, l’IA risque d’entraîner davantage de contrôle, moins d’autonomie et une pression accrue au travail.

C’est pourquoi la CCT 39 doit être actualisée et un cadre réglementaire doit être développé afin de prévenir les atteintes aux droits fondamentaux des travailleurs.

L’IA touche aussi les secteurs créatifs

Les risques ne se limitent pas aux grandes entreprises technologiques. Dans le secteur audiovisuel, les problèmes se multiplient également. La CGSLB alerte notamment sur le clonage et l’utilisation sans consentement des voix d’acteurs de doublage via l’IA.

Ce qui est techniquement possible est parfois utilisé aujourd’hui sans autorisation, sans transparence et sans rémunération. Cela touche à des droits fondamentaux et met directement sous pression les emplois créatifs.

Là encore, la conclusion est la même : sans règles claires et sans dialogue social, l’IA risque non seulement de transformer le travail, mais aussi de le vider de sa substance.

Tout n’est pas noir ou blanc, mais il faut des choix clairs

L’IA offre aussi des opportunités : elle peut prendre en charge des tâches lourdes et répétitives, améliorer l’efficacité des processus et apporter des solutions aux pénuries de personnel.

Mais ces avantages ne bénéficient pas automatiquement aux travailleurs. Sans règles claires, des risques apparaissent : perte d’autonomie, surveillance accrue, décisions opaques et inégalités croissantes en matière de compétences.

L’impact concret dépend fortement de la manière dont les entreprises mettent en œuvre l’IA et de l’implication des travailleurs dans ce processus.

La transition numérique doit être sociale, ou elle échouera

L’annonce de Meta montre à quelle vitesse l’équilibre peut basculer lorsque la technologie est avant tout perçue comme un levier de réduction des coûts.

Pour la CGSLB, la conclusion est claire : l’IA ne peut pas servir d’excuse à la casse sociale.

Nous avons besoin d’un meilleur suivi de l’impact de l’IA, d’investissements massifs dans la formation, d’une protection sociale solide et d’un véritable dialogue social.

Ce n’est qu’à ces conditions que la transition numérique pourra être équitable, transparente et centrée sur l’humain.

Nous appelons les entreprises, les décideurs politiques et les partenaires sociaux à assumer ensemble leurs responsabilités et à construire un avenir dans lequel la technologie soutient l’humain, plutôt que de le remplacer.

En savoir plus

La CGSLB et la transition numérique

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